vendredi 14 août 2015

Entraîner son cerveau

Il existe actuellement de nombreux programmes qui permettent d’entraîner notre cerveau. Ils pourraient nous aider à améliorer notre mémoire, notre concentration etc… S’il est vrai que ces logiciels peuvent stimuler notre matière grise, ils ne doivent cependant pas nous faire négliger d’autres façons d’entretenir nos facultés cognitives.


kawashima entrainement cérébral happyneuron mémoirePensez-vous que les jeux informatiques pour « muscler » son cerveau fonctionnent ? Permettent-ils d’avoir un cerveau qui fonctionnent mieux, d’avoir plus de mémoire etc.. ?

Le cerveau est un organe complexe composé de milliers de neurones interconnectés entre eux. Les neurones et leurs connexions constituent ainsi des réseaux nous permettant de penser, de nous concentrer, de préparer un projet, de retenir des évènements dans notre mémoire etc…

Il est aujourd’hui bien établi que stimuler son cerveau aide à prolonger la durée de vie des neurones et permet la création de nouvelles connexions entre eux. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Ainsi plus on s’exerce à une fonction mentale, plus on la développe. Par exemple, en s’entraînant tous les jours au calcul mental, on développera des connexions neuronales nous permettant d’améliorer nos performances dans cette activité.

Les stimulations neuronales sont multiples : apprentissages scolaires, lecture, écriture, discussion avec les amis…

Pour en revenir à votre question, les jeux d’entraînement cérébral peuvent participer à la neuroplasticité et donc nous aider à « maintenir notre cerveau en forme ». Cependant, pour cela, il faut que ces jeux proposent des exercices variés et que leur utilisation soit régulière (plusieurs fois par semaine).

Il existe de très nombreux logiciels d’entraînement cérébral. Les plus connus sont HAPPYneuron, le programme du Dr Kawashima, NeuroNation, Luminosity. Certains d’entre eux sont disponibles sous forme d’application mobile et proposent des versions gratuites.

Il existe de très nombreuses façons de stimuler son cerveau. Les programmes d’entraînement cognitif en sont une. Mais cette approche est complémentaire d’autres exercices intellectuels et il est souhaitable de varier les modalités de stimulation de notre cerveau.

Enfin, l’activité physique, le contrôle des facteurs de risque cardio-vasculaire (tabac, hypertension artérielle, cholestérol, diabète, surpoids) et une alimentation équilibrée participent aussi à un bonne forme cérébrale.

En résumé, il existe de multiples manières de stimuler notre cerveau. Les logiciels spécialisés en sont une parmi d’autres. Ils ont l’avantage d’être ludiques et de proposer l’entraînement de fonctions cérébrales qui parfois ne le seraient pas autrement.

mardi 26 mai 2015

Méditation ou antidépresseurs?

Les psychothérapies centrées sur la méditation ont une bonne efficacité dans la prévention des récidives dépressives. Dans de nombreux cas, elles peuvent être une alternative aux antidépresseurs. Mais pas dans n’importe quelles conditions…
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J’ai lu un article disant que la méditation pouvait être une alternative aux antidépresseurs.


Je prends du Zoloft depuis 3 ans maintenant suite à une grosse dépression. Je me sens mieux mais je suis toujours un peu triste. Est-ce que la méditation pourrait convenir pour moi ?




La psychiatrie et la psychologie actuelles s’intéressent de plus en plus aux bienfaits de la méditation. La méditation est une technique de développement spirituel ancestrale. Parmi les différents types de méditation, celle issue du bouddhisme et centrée sur la "pleine conscience" est particulièrement intéressante pour diminuer l’anxiété et la dépression.

La pleine conscience est un état mental où toute notre attention est centrée sur l’instant présent: nos sensations (le vent sur notre visage, une odeur de fleur etc…), nos pensées et nos émotions. Dans un état de pleine conscience, on se place en tant que spectateur. On constate par exemple le déroulement de nos pensées « comme des nuages dans le ciel », on ne cherche pas à contrôler les pensées, on les laisse venir, être là et repartir. Différents exercices de méditation permettent de développer l’état de pleine conscience.

Dans la prévention des récidives dépressives, des programmes de psychothérapie centrés sur la méditation ont été développés. Le principal, appelé MBCT (Mindfulness Based Cognitive Therapy), comprend l’apprentissage de la méditation associé à des techniques cognitives et comportementales ciblant la dépression. De nombreuses études montrent une bonne efficacité de MBCT pour prévenir les récidives dépressives, avec des résultats analogues aux antidépresseurs. Donc dans bien des cas, une psychothérapie centrée sur la méditation pourrait être une alternative aux antidépresseurs.

Cependant l’arrêt d’un antidépresseur au profit de la méditation ne doit jamais être entrepris sans en parler auparavant avec son médecin. En effet, certains critères de gravité de dépression ou d’autres troubles psy associés peuvent être une indication à la poursuite de l’antidépresseur.

Enfin, il est à noter que l’apprentissage de la méditation à visée antidépressive ne peut se faire qu’avec des psychothérapeutes formés à cette technique et que la méditation n’a pas démontré son efficacité pour le traitement des épisodes dépressifs, en particulier sévères, en phase aiguë.


Trouver un psychothérapeute formé à la méditation : Association pour le Développement de la Mindfulness

vendredi 24 avril 2015

Trouble bipolaire ou sautes d'humeur?

Des variations de l’humeur sont normales. Elles peuvent cependant parfois être invalidantes et dans de rares cas s’inscrire dans un trouble bipolaire. Ci-dessous quelques éléments pour distinguer trouble bipolaire et simples sautes d’humeur.

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Je trouve que mon moral fluctue énormément. Je me lève parfois le matin de bonne humeur et quelques heures après au travail je m’énerve. Si on me fait une réflexion, j’ai tendance à mal le prendre. Je suis parfois au bord des larmes et à d’autres moments, je ris aux éclats, tout ça dans la même journée. Mes amis me parlent souvent de mes sautes d’humeur. Suis-je bipolaire ?



Le trouble bipolaire est une maladie psychiatrique caractérisée par des fluctuations extrêmes de l’humeur avec  l’alternance de périodes de dépression et de manie.  La dépression correspond à un état de tristesse, de manque de plaisir et d’énergie et d’un ralentissement global de la personne. A l’inverse, la manie est un état dans lequel « on se sent trop bien ». La personne déborde d’énergie, a plein de projets en tête. Dans certains cas, cette euphorie peut conduire à des dépenses excessives et des mises en danger, le patient se sentant tout puissant perd contact avec la réalité. Entre les phases de dépression et de manie, la personne souffrant de trouble bipolaire est tout à fait normale, d’humeur stable. On parle de « normothymie ». Ces différentes période – dépression, manie, normothymie – se succèdent sur des durées allant de quelques semaines à quelques mois.

En l’absence de traitement, le trouble bipolaire peut être extrêmement invalidant. Bien souvent, les phases de dépression et de manie retentissent sur la vie professionnelle. Dans ces moments critiques, la vie familiale et affective est mise à mal. Dans les phases les plus extrêmes, le patient souffrant de trouble bipolaire peut se mettre en danger, soit par des tentatives de suicide, soit par des conduites à risque.

Dans votre cas, il semble que les variations de votre humeur aient lieu au sein d’une même journée, contrairement au trouble bipolaire où l’humeur est marquée par de longues périodes d’euphorie ou de tristesse.

Des variations de l’humeur fréquentes ne sont pas forcément pathologiques, loin de là. Elles peuvent être un trait de personnalité ou apparaître dans des moments de fatigue. Cependant des mouvements d’humeur particulièrement marqués peuvent être invalidants même s’ils ne rentrent pas dans le cadre d’un trouble bipolaire. Dans cette situation, il existe des psychothérapies permettant d’apprendre à mieux gérer ses émotions. Donc, en cas de gêne, il vaut mieux en discuter avec son médecin généraliste ou avec un psychiatre.

samedi 28 mars 2015

Psychiatrie et information de l'entourage

L'entourage des patients suivis en psy se plaint parfois d'un manque d'information. Une bonne communication entre les proches du patient et le psychiatre est dans certains cas essentielle mais ne peut se faire que dans certaines conditions. Explications à partir d'une question de Jacqueline.
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Notre petit-fils présentant des troubles du comportement depuis plusieurs années et fumant beaucoup de cannabis vient d'être hospitalisé par sa mère. Nous n'avons aucune information de la part du psychiatre qui le suit sur son état de santé et sur son avenir. Nous n’avons vu le psychiatre qu'une seule fois et en présence de notre petit-fils.  Nous souhaitons pouvoir nous entretenir avec lui sans notre petit-fils pour pouvoir lui raconter son parcours. Quel droit d'information avons-nous, sachant qu'il est majeur? Nous sommes démunis devant le silence du  médecin. 

Les troubles psychiatriques sont source d’une souffrance importante pour le patient mais aussi pour son entourage. Les proches sont souvent confrontés à des modifications du comportement de l’être cher sans savoir comment l’aider. L’explication des troubles et du traitement par le psychiatre permet à l’entourage de se sentir compris et soutenu.

Cependant, cette information ne peut être donnée qu’avec l’accord du patient, dans le respect du secret médical. C’est pour cette raison que les familles ne sont généralement pas reçues en l’absence du patient.

Parfois le patient refuse que ses proches soient informés de son état de santé. Ces situations sont particulièrement difficiles à vivre pour l’entourage. Dans ce cas, le psychiatre n’a pas le droit de répondre aux sollicitations de la famille et ne peut qu’encourager le patient à plus de communication avec son entourage.

En psychiatrie, l’information des proches est fondamentale. Elle permet à l’entourage de mieux comprendre les troubles du patient, de mieux l’aider au quotidien et de le soutenir dans sa démarche de soins. Lorsqu’il n’est pas entendu, l’entourage a souvent une attitude de défiance vis-à-vis du psychiatre traitant.

Dans votre cas, il me semble donc que le psychiatre ne peut vous recevoir qu’en présence de votre petit-fils. Si vous avez des questions sur ses troubles ou les traitements, votre petit-fils doit être présent à l’entretien puisqu’il est le principal acteur de sa prise en charge. Si vous souhaitez communiquer des informations au psychiatre sans que votre petit-fils soit au courant, il y a toujours la possibilité d’écrire un courrier au psychiatre. Le courrier sera lu mais le psychiatre ne pourra pas y répondre sans autorisation de votre petit-fils.

dimanche 28 décembre 2014

Schizophrénie et vie normale


Encore aujourd'hui, le diagnostic de schizophrénie fait peur. Le patient et son entourage craignent souvent les conséquences de cette maladie. Pourtant avec une bonne prise en charge, les troubles schizophréniques ont un impact limité dans la vie des patients. Explications à partir d'une question de Françoise.

Schizophrénie et vie normaleMon fils a été hospitalisé pour la deuxième fois pour un délire. Il entendait des voix qui le perturbaient, parlait parfois seul, dormait en décalé et était devenu méfiant avec nous avec parfois des propos incohérents. Depuis son hospitalisation il va mieux, même s’il est encore fatigué. Son psychiatre lui a parlé de schizophrénie. Ca a été un choc pour son père et moi. Nous sommes inquiets. Pourra-t-il avoir une vie normale malgré cette maladie?


La schizophrénie est un trouble psychiatrique fréquent associé à de nombreux fantasmes et craintes dans l’imagerie populaire, bien loin de la réalité quotidienne que peut vivre le patient et sa famille.

La schizophrénie est une maladie avec une expression clinique très hétérogène en fonction des patients. Ainsi, certains d’entre eux n’auront qu’une manifestation minime des symptômes alors que d’autres personnes seront plus invalidées par ce trouble.

La prise en charge de la schizophrénie a fait beaucoup de progrès permettant à une majorité des patients d’avoir une vie normale. Les traitements actuels, principalement les antipsychotiques dit atypiques, permettent un contrôle efficace des idées délirantes et des hallucinations. Avec un traitement adapté, les effets secondaires sont faibles, souvent limités à une prise de poids modérée.

Un des enjeux majeurs de la prise en charge de la schizophrénie est de maintenir le patient dans une bonne insertion sociale et professionnelle. Pour cela, le psychiatre peut s’appuyer sur le réseau social du patient, des activités thérapeutiques organisées par des centres de soins ou encore des conseillers d’orientation professionnelle spécialisés dans le handicap psychique.


En résumé, une majorité de patients ayant une schizophrénie peuvent avoir une vie normale. Le pronostic de la maladie sera d’autant plus favorable que le trouble est pris en charge précocement et que le patient adhère aux soins.